L'art de voler dix minutes au mois d'août
- natachaschueremans
- 10 août
- 2 min de lecture
Nous voilà déjà au cœur du mois d’août. Les journées ont beau perdre quelques secondes de lumière chaque soir, le temps, lui, semble filer à toute allure. Entre les gestes répétés du quotidien, le bruit de la maison, les tâches qui s'accumulent et cette drôle d'impression qu'il faudrait « en profiter », l'été ressemble parfois davantage à un souffle coupé qu'à une longue pause immobile.
On imagine souvent la lecture estivale comme une image d'Épinal : un transat, l'ombre d'un pin, trois heures de silence absolu devant soi. Mais la vie ordinaire offre rarement ce décor-là.
Alors, on attend. On repose le livre sur la table de nuit. Il prend la poussière, immobile, comme le témoin silencieux de nos intentions manquées.
Pourtant, cette impression de « ne plus avoir le temps de lire » ne relève pas d'une fatalité personnelle : c'est un reflet de nos modes de vie contemporains. En Belgique francophone, les enquêtes sur les pratiques culturelles menées pour la Fédération Wallonie-Bruxelles révèlent une réalité frappante : si plus de 70 % des Belges déclarent aimer lire ou avoir été de grands lecteurs à un moment de leur vie, près de la moitié d'entre eux avouent avoir freiné ou abandonné cette habitude par manque de temps perçu ou sous la pression du quotidien. La lecture s'efface trop souvent face à la fatigue ou à la facilité des écrans.
Et pourtant, lire n'a jamais demandé de suspendre le monde.

Lire en août, c'est apprendre l'art de la fissure. C'est voler dix minutes au fil des heures. C'est attraper un chapitre au saut du lit, pendant que l'eau du café commence à frémir et que la maison dort encore. C'est poser ses yeux sur quelques lignes à l'ombre d'un porche, le temps que l'eau des pâtes bouille, ou retrouver une page cornée juste avant que la nuit ne tombe tout à fait.
Ces parenthèses minuscules n'ont l'air de rien. Elles ne changeront pas la course du mois d'août, ni le retour inévitable de septembre. Mais elles réouvrent en nous un espace intime. Un endroit secret où l'on cesse de courir après le temps pour simplement le regarder passer, une phrase après l'autre.
Le goût de lire ne se perd pas vraiment ; il s'endort seulement sous le poids des urgences. Il suffit parfois de très peu — le grain d'un papier, l'odeur d'un livre qui a déjà vécu, le rythme d'une première phrase — pour que la magie opère à nouveau. Sans pression, sans objectif. Juste pour le plaisir de s'absenter un instant.

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